Lettre ouverte publiée dans La Presse, le 15 octobre 2026.
À l’occasion du 15 octobre, Journée québécoise de sensibilisation au deuil périnatal, et alors que des dizaines de nouveaux élus prennent place à l’Assemblée nationale, le moment est bien choisi pour rappeler un engagement pris durant la campagne électorale : mieux soutenir les familles qui traversent un deuil périnatal. En effet, signe que les efforts de sensibilisation des dernières années commencent à porter fruit, quatre des principaux partis politiques se sont engagés à offrir au moins quatre semaines de congé payé au père ou au parent qui n’a pas porté l’enfant, lors d’un deuil périnatal, afin que les couples puissent traverser cette épreuve ensemble.
De nombreux acteurs du milieu, ainsi que des parents endeuillés dénonçaient depuis longtemps cette iniquité.
Alors qu’il est encouragé à jouer un rôle actif tout au long de la grossesse et que sa présence auprès de son enfant est valorisée après la naissance, le père ou le coparent cesse pratiquement d’exister aux yeux de nos politiques lorsque la grossesse s’interrompt ou que le bébé décède.
À l’heure actuelle, aucune prestation ne lui est offerte pour vivre ce deuil auprès de sa partenaire. L’engagement des partis représente une avancée importante, que nous souhaitons voir se concrétiser rapidement. Toutefois, la véritable reconnaissance du deuil périnatal ne peut se limiter aux prestations financières ou aux congés. Trop de parents rapportent encore avoir été laissés à eux-mêmes, sans information, sans accompagnement et sans soutien pour traverser cette épreuve marquante.
Plus de 23 000 familles touchées chaque année au Québec
Depuis plus de 25 ans, les études québécoises et internationales documentent les conséquences profondes du deuil périnatal chez les deux parents et les proches. Sur le plan de la santé mentale, des symptômes de dépression, d’anxiété et de stress post-traumatiques peuvent persister pendant plusieurs mois, voire jusqu’à deux ans après le décès. Avons-nous besoin de rappeler qu’une grossesse sur cinq se termine par une perte précoce ou tardive et que plus de 23 000 familles sont touchées chaque année au Québec ?
À travers le Québec, des organismes communautaires accomplissent un travail remarquable auprès des personnes endeuillées. Ils leur permettent de briser l’isolement, de partager leur vécu avec des personnes qui comprennent réellement leur réalité et d’exprimer leurs émotions dans un environnement bienveillant, exempt de jugement. Ce soutien fait souvent toute la différence dans un deuil encore tabou et souvent difficile à comprendre et à accueillir pour les proches. Encore faut-il que ces ressources existent dans leur région et que les familles y soient dirigées au bon moment.
En somme, la reconnaissance du droit à un congé pour le père ou le coparent lors d’un décès périnatal constituera une avancée majeure, que nous nous empresserons de saluer lorsqu’elle se concrétisera. Cela dit, il s’agira d’un premier pas. Nous aurons le devoir d’aller plus loin.
Nous devrons nous assurer de renforcer l’accompagnement humain et sensible offert dans le réseau de la santé, d’améliorer les mécanismes de référence et d’assurer que les ressources spécialisées soient disponibles en nombre suffisant dans toutes les régions du Québec.
L’accès à ces services ne devrait jamais dépendre du code postal des gens.
La Table de concertation nationale sur le deuil périnatal, appuyée par de nombreux acteurs, tend donc la main au nouveau gouvernement afin de travailler ensemble à la mise en œuvre de ces solutions. La reconnaissance du deuil périnatal passe par des mesures concrètes, mais aussi par une transformation de nos pratiques et de notre regard collectif sur ces pertes.
Personne ne devrait rentrer chez soi sans repère, les bras et le cœur vides, avec sa peine comme seul bagage.
Signataires :
Marie-Claude Dufour, directrice générale du Réseau des Centres de ressources périnatales du Québec et porte-parole de la Table de concertation nationale sur le deuil périnatal
Rosa Caporicci, psychothérapeute spécialisée en périnatalité, NDG Therapy et professeure adjointe associée, Université Concordia
Diane Dulac, directrice générale, Parents d’Anges Beauce-Etchemins
Francine de Montigny, directrice, Regroupement paternité, famille et société
María José Espejo, directrice générale, Regroupement naissances respectées
Anie Grondin, présidente, Parents orphelins – L’Association québécoise des parents vivant un deuil périnatal
Jessica Labbé, directrice générale, Maison Le Périscope
Sarah Landry, coordonnatrice générale, Mouvement pour l’autonomie dans l’enfantement
Justine McHugh, directrice clinique, Deuil-Jeunesse
Sylvie Pedneault, directrice générale, S. O. S. grossesse et Centre de santé des femmes de la Capitale-Nationale
Janie Tremblay, directrice générale, Les Perséides, soutien au deuil périnatal
Chantal Verdon, professeure titulaire et directrice, département des sciences infirmières, Université du Québec en Outaouais
Elise Bonneville, directrice générale du Collectif petite enfance
Alex Gauthier, directeur général, Fédération québécoise des organismes communautaires famille
Julie Paquette, directrice générale, Alima, Centre de nutrition sociale périnatale
Corinne Vachon Croteau, directrice générale, Réseau pour un Québec famille
Raymond Villeneuve, directeur général, Regroupement pour la valorisation de la paternité

